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Marquise de Pierre Corneille
Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous quà mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.
Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront,
Et saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.
Le même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits :
On ma vu ce que vous êtes ;
Vous serez ce que je suis.
Cependant jai quelques charmes
Qui sont assez éclatants
Pour navoir pas trop dalarmes
De ces ravages du temps.
Vous en avez quon adore ;
Mais ceux que vous méprisez
Pourraient bien durer encore
Quand ceux-là seront usés.
Ils pourront sauver la gloire
Des yeux qui me semblent doux,
Et dans mille ans faire croire
Ce quil me plaira de vous.
Chez cette race nouvelle
Où jaurai quelque crédit,
Vous ne passerez pour belle
Quautant que je laurais dit.
Pensez-y belle Marquise,
Quoiquun grison fasse effroi,
Il vaut bien quon le courtise,
Quand il est fait comme moi.
Pierre Corneille - Stances - 1658. |